Quelques arguments contre le créationisme ultra
Clément Kirrmann, avril 2008
Les 6 jours de la création
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Les jours de la Genèse ne sont pas identifiés comme des jours de 24 heures ; le découpage en 24 heures est une notion très récente qui ne devait pas exister à l'époque de la rédaction du texte. Le mot hébreu traduit par "jour" désigne une période temporelle de durée indéterminée.
Le contexte (association avec un matin et un soir) permet de le traduire par "jour", sans pour autant rendre impossible un sens allégorique : de même qu'un poète ou un écrivain pourra parler de matin du monde pour le début de l'humanité, l'auteur de la Genèse a pu utiliser les jours, les matins et les soirs de façon symbolique.
De plus, rigoureusement, la notion de soir et de matin exige un soleil (qui n'existe pas avant le 3ème jour) et un lieu (il n'y a de soir et de matin que par rapport à un fuseau horaire; sur l'ensemble du globe les soirs et matins coexistent en permanence, comme le jour et la nuit...)
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(Roger Leloup) |
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C'est peut-être évident, mais le texte de la création n'est pas un témoignage : l'auteur n'était présent pour en parler. Le texte n'est pas présenté non plus comme une vision (au contraire de l'Apocalypse par exemple). L'auteur ne se présente pas, il décrit la création. Son but n'est certainement pas scientifique. Le texte montre simplement que le monde fait partie d'une construction rationnelle, logique, voulue par Dieu. Et que ce monde n'est pas divin en lui-même, mais un ensemble construit et matériel : tout fait partie de la création, la terre, la lune, le soleil les étoiles, les êtres vivants. Cette cosmologie s'oppose ainsi clairement aux croyances religieuses de son époque en rejetant toute divinisation du monde visible, qu'il soit sur terre ou dans le ciel.
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Le rythme des 6 jours, suivi du repos de Dieu le 7ème jour est le symbole de la semaine, et du respect du jour du repos. La conclusion de Genèse 1 (Genèse 2:3) est en rapport direct avec le 3ème commandement (Exode 20 : "Tu travailleras 6 jours...mais le septième jour est le jour du repos de l’Eternel, ton Dieu).
Aujourd'hui nous sommes toujours dans le jour du repos de Dieu. Dieu a achevé sa création et n'intervient donc plus comme créateur (on peut d'ailleurs en déduire que le fonctionnement de la nature n'a plus besoin d'une intervention divine, ce qui libère la science de toute contrainte d'interprétation d'ordre surnaturelle !).
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Bien Plus tard dans la Bible, l'épître aux Hébreux donne aussi au 7ème jour un sens nettement allégorique : Hébreux 4.9 nous appelle à "rentrer dans le repos de Dieu", donc à vivre tous les jours dans une communion avec Dieu.
Nous sommes donc toujours dans le 7ème jour, qui a donc duré déjà au moins 6000 ans. Nul n'est besoin de donner à la terre un âge récent, pour prétendre "coller" avec le texte biblique. Celui-ci ne nous impose aucun âge, ni pour la terre, ni pour l'univers.
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L'évolution dans la création
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Vouloir condamner la théorie de l'évolution et la désigner comme contraire à la foi est une vieille histoire datant des querelles de Charles Darwin, athée militant certes mais scientifique averti et rationnel. Pas la peine de rentrer dans son jeu anticlérical.
Même si ses idées ont pu servir de prétexte à des penseurs athées et des politiciens aux idées désastreuses (Lénine et sa lutte des classes, Hitler et sa race supérieure...).
L'évolution reste avant tout une théorie scientifique neutre, qui s'accorde très bien avec l'idée que Dieu est à l'origine du monde, sauf pour ceux qui pensent, en désaccord avec la majorité des miracles bibliques, que Dieu doit forcément agir de façon magique et instantané, et qu'une intervention miraculeuse est forcément surnaturelle.
Les 7 jours du livre de la Genèse indiquent clairement que le monde s'est fait de façon progressive.
Que le mécanisme de formation Darwinien soit le hasard n'exclue pas que Dieu ait fait les choses dès l'origine pour qu'elles évoluent dans le sens qu'il avait déterminé.
Le hasard n'est-il pas entre les mains de Dieu ?
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(Charles-Darwin)
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Notons que du point de vue scientifique le hasard fait partie du quotidien : il est omniprésent, dans les vibrations et les chocs moléculaires, donc le comportement de la chaleur, dans les turbulences en mécanique des fluides, dans le comportement météorologique à moyen terme, et même dans le comportement des planètes (chaotique à très long terme). Mais le hasard est une notion mathématique qui obéit à des lois de comportement stricte (genre courbes de Gauss et autres lois aléatoires).
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Faire intervenir le hasard dans une théorie nécessite de le démontrer : et le travail scientifique pour expliquer l'évolution des espèces par le hasard est bien loin d'être terminé: des paramètres cachés manquent pour expliquer les "sauts" dans l'évolution (apparition brutale de grands nombres d'espèces), le faible nombre d'espèces intermédiaires, etc...
En clair, un défi et du boulot pour des générations de chercheurs ! |
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Aucune raison pour autant de jeter tout le travail de Darwin ! Le hasard n'est peut-être pas totalement créateur, mais c'est bien lui qui régit le comportement apparent et l'évolution du monde d'aujourdhui, du moins dans le domaine que la science peut s'approprier : celui du comportement reproductible et mesurable.
Nous ne pouvons que reconnaître le rôle du hasard, et malgré cela, nous croyons pourtant à l'intervention de Dieu, aujourd'hui ! Car l'action de Dieu, c'est de l'ordre du miraculeux, et le miracle n'est pas reproductible : il ne peut qu'échapper au domaine de la science.
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L'évolution de l'homme ?
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Faire coller la création de l'homme avec la notion d'évolution de l'homme à partir des races primitives de l'époque néandertalienne pose bien sûr un problème. Adam et Eve ont-il réellement existé ? Ou ce récit (Genèse 2) est-il également symbolique ?
L'histoire d'Adam et Eve (Genèse 2 et 3) a clairement des aspects allégoriques, symboliques, comme le jardin d'Eden, avec ces arbres irréels, l'un portant des fruits de la connaissance du bien et du mal et l'autre portant comme fruit la vie elle-même.
Ou encore Satan représenté de façon matérielle (sous forme d'un serpent), et Dieu lui-même marchant dans le jardin.
Rien de très terrestre dans ce décor, doté d'une localisation géographique pour le moins paradoxale (Genèse 2:10-14). N'a-t-il pas toutes les caractéristiques d'un récit allégorique ?
Bien sûr, un récit allégorique n'empêche pas une référence à une histoire réelle dont nous n'avons plus qu'une description symbolique.
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A cette remarque s'ajoutent des questions biologiques : Adam et Eve auraient-ils été créés directement capables de parler, de marcher, de raisonner ? Leur cerveau aurait alors été créé avec toutes les connexions neurologiques qui supposent tout un vécu artificiel, une enfance artificielle, une connaissance innée de ses propres réactions et des réactions du milieu environnant au travers de toutes une expérience antérieure acquise normalement au travers de l'enfance ?
Si on répond oui à cette question, alors autant dire qu'Adam avait toute l'apparence d'un homme adulte, donc par exemple un nombril.
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Car le fait de donner à la création de l'homme une instantanéité magique autorise toutes les spéculations sur le monde lui-même. On pourrait dire que le monde entier a pu être créé avec l'apparence d'un monde adulte, son histoire géologique apparente, ses fossiles de dinosaures, etc..). Pourquoi pas ?
Mais alors le texte n'a plus aucun conflit possible avec la Science : celle-ci perdrait son temps à étudier un faux drôlement bien imité, à retrouver et comprendre une histoire virtuelle...
Difficile cependant d'accepter cette idée qui ferait de Dieu un habile faussaire!
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Autre problème, plus théologique celui-là, car il concernerait la notion même de chute, le péché d'Adam et d'Eve :
comment blâmer la faute d'un homme et d'une femme qui n'auraient eu que quelques jours de vie, même pas d'enfance, donc si peu d'expérience ?
Le récit d'Adam et Eve peut être bien mieux compris comme un texte allégorique. Il laisse dans l'ombre l'histoire terrestre de l'homme. Il n'en retient que son sens allégorique : l'homme est parti d'un état "d'innocence" vers un état de "connaissance" ou de "rébellion".
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Curieusement, il a suivi le chemin de beaucoup d'adolescents : la révolte contre le père (ou les parents) et son aboutissement dramatique en l'occurrence : Adam et Eve sont chassés de leur maison, ils doivent subvenir eux-mêmes à leur besoin.
Chaque homme ne reproduit-il pas ce schéma, d'une manière ou d'une autre ?
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