Creationisme Non

Clément Kirrmann, mars 2008

Avant-propos

Répondre Non au créationiste est une question délicate. Pourquoi "non" ? Parce que le "créationisme" dans son sens actuel n'est pas le fait de croire que Dieu a créé le monde, mais une façon très obtue et coincée de concevoir l'oeuvre créatrice de Dieu.
Vous trouverez certainement d'autres textes plus pertinents sur la question que le mien, notamment l'excellente approche de la question du créationisme de l'interprétation de la Genèse du site Agapé France A toi 2 voir
Sans vouloir faire double emploi, j'ai voulu mettre par écrit quelques réflexions et analyses, du fait que ces mouvements ont pris récemment beaucoup d'importance dans les médias (surtout depuis 2004), ainsi que dans les églises évangéliques de langue française (avec l'arrivée de groupes militants anglais ou américains, notamment depuis les années 1980, et plus récemment sur plusieurs sites Internet). En réaction à ces mouvements , il est important d'affirmer que l'on peut considérer la Bible comme Parole de Dieu, mais refuser la lecture littérale et réductrice, le conflit inutile avec la Science ainsi que la confusion des genres. Science et foi ne s'opposent que dans une mauvaise compréhension de la Science et de la foi. Le message de la Bible dépasse nos clivages partisans, il ne se situe pas dans le littéralisme mais dans la compréhension qu'il nous donne de Dieu et de son dessein pour l'homme.

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Le créationisme

Le créationisme façon "ultra" ou "Jeune terre" est un mouvement extrême qui se base sur une compréhension littérale et une interprétation unique des textes bibliques, allant jusqu'à exiger de ses adhérents de croire que la création aurait été faite en 7 jours stricts de 24 heures. Cette exigence est en effet écrite dans des confessions de foi de mouvements créationistes!
Ce mouvement vient apparemment d'une bonne intention : celle d'affirmer l'origine divine du texte biblique.
On pourrait dire qu'il n'est pas très grave de lire le texte de la Genèse de façon littérale. Du moins sur le plan spirituel : cela ne change pas le message du texte. Mais de là à vouloir l'imposer aux autres et prétendre que c'est l'unique façon de le comprendre ? Et donner l'impression que la seule foi valable serait la foi du charbonnier ?
Le respect de la Bible implique bien plus qu'une lecture littérale : la respecter c'est la lire en cherchant à s'approprier le sens des textes, leur message sprirituel, pour pouvoir les tranposer à notre époque et les mettre en pratique ! Cette démarche d'analyse et de compréhension spirituelle se situe à l'opposé des méthodes des pharisiens de l'époque de Jésus. Les pharisiens, observateurs pointilleux et tatillons de la Bible, n'étaient pas ses amis, c'est le moins qu'on puisse dire. Il suffit de lire quelques passages de l'évangile pour en être convaincus. Pour Jésus, les pharisiens détournaient le sens des textes en voulant s'attacher aux détails, aux réglements à suivre (comme le fait de se laver les mains avant les repas ou de respecter de façon absolu le repos du 7ème jour), au lieu de mettre en priorité leurs implications pratiques. Pour Jésus, le respect du prochain passe avant tous les réglements, et le respect de Dieu et du prochain sont indissociables.
L'autre raison de refuser le créationisme c'est l'image extrêmement négative qu'il donne à l'extérieur, au monde : voulons-nous que l'évangile soit relégué au rang des obscurantismes qui ont pu freiné la science dans l'histoire ? Pourquoi s'opposer inutilement à la science ?

C'est pourquoi il est important de montrer que la lecture des créationistes ultras est en désaccord profond avec quelques bases essentielles du christianisme.

  • l'inspiration de la Bible et son origine
  • L'inspiration de la Bible ne signifie pas que texte biblique ait été dicté par Dieu. A la seule exception des dix commandements (un chapitre du livre de l'Exode), aucun autre texte ne se présente comme ayant été dicté par Dieu. Mais tous les autres textes ont des auteurs humains, certains identifiés, d'autre non.
    La Bible n'est pas une dictée divine, mais un recueil de textes dont la rédaction et le contenu ont été inspirés. Les auteurs y ont laissé leur style, leurs façons de parler, leurs références littéraires et documentaires, leurs façons de dater, et même, inévitablement quelques défauts d'expression, de datation, d'histoire, de nom de lieu et de personnes.
    La critique du texte est donc non seulement permise, mais nécessaire pour le comprendre. Car l'essentiel est dans le message et l'enseignement pratique et spirituel qu'il faut comprendre et actualiser pour se l'approprier, et le vivre. Ce n'est pas la perfection textuelle qui donne au texte sa marque divine, mais son message !
    On ne saurait par ailleurs nier l'origine des textes ; Pour l'Ancien Testament, la sélection a été faite par des théologiens juifs, et finalisée au 1er siècle. Pour le Nouveau Testament, ils ont été sélectionnés dans les premiers siècles pour leur pertinence et leur autorité, en retenant pour le nouveau testament les seuls textes dont l'origine apostolique était reconnue. Plus tard, la réforme du XIVème en a fait le seul texte de référence pour les dogmes de la foi protestante, par opposition aux excès de l'église romaine et du pouvoir du Vatican. Plus récemment, certains mouvements évangéliques ont introduits au XIXème siècle la notion "d'infaillibilité", terme plutôt catholique dans le contexte XIXème siècle (promulgation du dogme de l'infaillibilité pontificale en 1870), plus par opposition aux tendances libérales que par véritable réflexion théologique et pratique sur les implications de cette notion d'infaillibilité, que l'on retrouve dans quelques confessions de foi évangéliques.
    Dans l'histoire, une des forces des "peuples du livre" (les juifs et les chrétiens) a été de demander aux croyants de lire "Le Livre" non pas de façon mécanique, mais par la réflexion et la méditation ; c'est pourquoi les croyants convaincus ont toujours été des érudits et ont encouragé l'érudition. Une lecture littérale et coincée serait en rupture totale avec l'héritage judeo-chrétien. Il n'y a d'ailleurs à ma connaissance aucun mouvement créationiste juif.

  • L'honnêteté et la rigueur dans la vérité
  • L'honnêteté dans le témoignage est une valeur fondamentale de la foi. Rien ne saurait justifier l'usage d'arguments biaisés, de témoignages non vérifiés (ou non vérifiables!), et de procès d'intention à l'égard des scientifiques sous prétexte de défendre la foi chrétienne ou la Bible.
    Peut-on critiquer la science et proposer des théories alternatives? Oui, à condition de se plier à ses règles de rigueur. On peut avoir un avis différent, mais on n'a pas le droit de se prétendre scientifique si le raisonnement et les bases que l'on utilise n'ont pas la rigueur que la science exige, et que le monde scientifique exige des siens pour reconnaître la valeur de leurs travaux. C'est une usurpation. On ne peut prétexter que certains scientifiques outrepassent cette obligation (il y a des truands partout) pour en faire nous-mêmes l'économie. La fin ne justifie pas les moyens.

  • Le rôle légitime de la foi face à la science
  • Par contre, rien ne nous empêche de critiquer la science dans ses méthodes et ses conséquences sur le plan qui est le nôtre: l'éthique, le respect de la nature, le respect de la personne humaine, et de lui rappeler ses limites.
    Ainsi, il est légitime de revendiquer du système éducatif qu'il respecte la foi et ne l'écarte pas des connaissances nécessaires à l'éducation, et qu'il n'utilise pas la Science à des fins de militantisme quelconque, politique ou religieux (l'agnosticisme ou l'athéisme n'étant d'ailleurs que des formes de positions religieuses, qu'on ne peut donc pas qualifier de laïques).
    Mais on ne peut pas exiger un enseignement parallèle de théories créationistes qui n'auraient pas un caractère et une motivation clairement scientifique.
    Il faut reconnaître qu'il n'existe aucune théorie alternative créationiste qui tienne la route scientifiquement. Cela n'exclue pas la validité de certaines objections des créationistes, qui peuvent mériter une attention scientifique, mais une grand nombre d'objections ne constitue en aucun cas une théorie structurée, représentant une alternative crédible.

  • La liberté du chrétien face à la loi
  • Il faut lire l'épître de Paul aux Galates pour comprendre à quel point le retour à une lecture rigoureuse et littérale de la loi de Moïse est contraire à l'évangile. L'apôtre Paul va jusqu'à dire aux Galates qu'ils ont du perdre la raison (Galates 2.1) pour s'attacher à la lettre de la loi jusqu'à même y chercher leur salut. Pourquoi est-ce en rapport avec le créationisme ? Parce que la Genèse fait partie de "la loi" au sens Biblique, c'est à dire de la Thorah (recueil des 5 livres de Moïse). Lire la Thorah de façon littérale et tatillonne et s'enfermer dans des règlements de détail, c'est un genre très apprécié des pharisiens de l'époque, mais aux antipodes de l'enseignement du Christ.

  • L'humilité
  • L'humilité est aussi une valeur forte et incontournable pour celui qui veut suivre le Christ : l'exemple de sa vie et de sa mort montre clairement que Jésus n'a pas cherché à écraser par son savoir ou son pouvoir. Pourquoi voudrions-nous prétendre en savoir plus sur la science du monde que les savants (dont beaucoup étaient croyants) qui ont étudiés et établis cette science sur des bases rationnelles, logiques et vérifiables ? La foi chrétienne n'est ni contre la raison, ni contre la logique, ni contre l'expérience.
    Et la parole du Christ sur l'empereur romain (rendez à César ce qui est à César) s'applique aussi à la Science (rendez à la science ce qui est à la science!).